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Ici et seulement Ici

Ici, c’est le collège dans lequel Iris, Pierre, Madeleine, Guy et bien d’autres traversent une année scolaire ponctuée de peines, rivalités, abandons et humiliations. Un collège où règnent la peur, le racket, la trahison et la domination des forts sur les faibles, sous les yeux impuissants, voire quasi absents, des adultes.

On pourrait croire à un classique récit de la violence ordinaire dans un bahut de banlieue comme théâtre des tourments de l’adolescence, avec son lot d’ambivalence et de règles tacites. Et de fait, c’est « Ici et seulement Ici » que tout se passe : dans le huis-clos des murs du collège, avec son étrange vie propre et quasi organique, quatre adolescents vont déposer, et voir chanceler, les forteresses de leur identité et les actes parfois cruels qu’elles génèrent.

Mais au fil du malaise qui émane de l’alternance des monologues intérieurs de chacun des personnages-narrateurs, on comprend qu’Ici et seulement ici trace l’espace clos non seulement du tourbillon impitoyable d’un collège qui pourrait être n’importe lequel mais également et surtout de la boite noire des adolescences qui s’y vivent, partout et de tout temps. Passés au scalpel par la plume féroce et poétique de Christelle Dabos, les remparts de l’adolescence sont ici aussi sombres qu’éclatants d’intensité.

Après le succès de La Passe-Miroir, quadrilogie fantasy, l’autrice française livre un puissant roman choral, où le réalisme magique s’allie au thriller psychologique pour donner corps aux pulsions contradictoires qui animent autant les adolescents que les adultes qu’ils sont devenus. Avec Ici et seulement Ici, Christelle Dabos confirme à quel point le « roman ado » peut être qualifié, selon l’expression de Clémentine Beauvais, de « roman d’intensité » et, pour cette raison, dépasser les limites de son public-cible.