Association belge pour la littératie - Section francophone

Jouer!

Olivier Le Brun. Esperluète, 2020 – coll. L'oeil voyage

Par Brigitte Van den Bossche

Vivifiant. Vibrant. Telles sont les premières impressions ressenties en découvrant cet opus photographique signé Olivier Le Brun. Un ensemble d'images en noir et blanc qui procure un ravissement intérieur, amuse et attendrit le regard. N'ayons pas peur des mots : oui, ce florilège iconographique fait un bien fou, en nous dévoilant une humanité sereine, insouciante et complice d’une manière sérielle – le livre est conçu selon une succession de types de jeux : déguisement, grimage, château de sable, jet de cailloux, jeux de dames et d'échecs, jeux d'eau et de ballon, partie grands-parents/enfants, parties de cartes…

Enfants comme adultes sont saisis par l'objectif du photographe à travers le prisme du jeu – c'est le moteur par excellence de ces « morceaux choisis ». Rassemblant des images réalisées des années 70 à aujourd'hui, rapportées de différentes contrées – et en particulier du continent africain –, Jouer ! tient de l'anthologie et décline modestement et simplement ce verbe, cet acte universel. Repérés à Dakar, Lagos, Cotonou, Bamako, Djibouti, Matadi, Bujumbura, Antananarivo, Port-au-Prince entre autres, mais aussi à Vernon (CAN), Bruxelles, Lipari, Cambridge (USA), Toulouse et Montreuil – fief de l'artiste –, les êtres immortalisés dans ce recueil manifestent une façon d'être au monde par le jeu. Au gré des pages, ces individus de tous âges incarnent à travers leurs actes la spontanéité, bienveillance, la joie de vivre, la propension à la solidarité, l'attitude appliquée, l'esprit contemplatif, l'esprit compétitif aussi,... Ils sont ici en mouvement, ils courent, sautent, gesticulent, manipulent ; là ils se tiennent plutôt statiques, ils se concentrent, scrutent, cogitent.

Le photographe ne s’embarrasse ni des théories de Johan Huizinga ni de celles de Roger Caillois ; ses images, prises pour la plupart sur le vif, montrent le dynamisme et révèlent la portée symbolique qui sous-tend l’acte de jouer. Imprégnées de poésie, elles révèlent des moments de vie solitaire ou séances collectives ; elles témoignent d'une atmosphère bruyante ou, au contraire, silencieuse ; elles reflètent une ambiance sérieuse ou, tout à l’opposé, de désinvolture, gaieté et cocasseries : Jouer, c’est vivre, jouer c’est habiter le monde… semble nous glisser à l’oreille Olivier Lebrun, grand arpenteur de la terre et fin observateur de l’énergie humaine.

Soulignons pour conclure que la vie est cruellement absente d’une photographie – une seule ! – du corpus : sans personne à l’entour, elle montre un panneau usé par le temps, portant l'inscription bilingue « Interdit de jouer. Verboden te spelen ». La légende révèle localisation et date : Bruxelles, 2019... La Belgique, rappelons-le, est un des terreaux du Surréalisme - et l'un de ses corollaires, l'absurdité.

L'auteur  

Olivier Le Brun (B) a parcouru le monde en raison de ses fonctions de socio-économiste pour les Nations Unies et d'enseignant-chercheur pour plusieurs institutions universitaires européennes. Il a développé en marge de ses missions une intérêt constant pour la photographie, devenue une passion au fil du temps, de ses trajectoires et de ses rencontres.

 

 

 

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