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Caractères 54

Dans ce nouvel opus de Caractères, c'est l'utilisation de l'album dans les pratiques de littératie à l'école primaire qui est à l'honneur. Les trois articles, en sus de leur apport pédagogique, nous font découvrir de superbes albums, dont les nombreuses illustrations que nous avons choisi d'inclure vous donneront un aperçu. Ces trois contributions témoignent en outre de la richesse des collaborations entre formateurs-chercheurs en Haute École pédagogique et expérimentations menées sur le terrain par les (futurs) enseignants ; autrement dit, de la complémentarité entre la théorie et la pratique dont l'ABLF a fait sa ligne de conduite.

Le premier texte est signé par Graziella Deleuze, maitre-assistante à la Haute École de Bruxelles/Defré. Théorique, il retrace l'évolution de l'album durant les dernières décennies. Si les premiers albums pratiquent la redondance entre les images et le texte, l'album moderne envisage un rapport de collaboration lorsque l'illustration apporte une information complémentaire au texte. Quant à l'album postmoderne, il peut s'amuser à créer des tensions, à distiller des contradictions entre les propos des personnages et les illustrations. L'article analyse également les contenus des albums. La littérature jeunesse d'aujourd'hui aborde des thèmes jusque-là tabous qui n'étaient effleurés que très indirectement... Elle le fait avec tact, finesse, sensibilité, humour, avec une distance parfois poétique que l'image, souvent symbolique, contribue à installer. Autre évolution mentionnée pour l'album postmoderne, l'apparition du narrateur-personnage qui favorise la sympathie, voire l'empathie des jeunes lecteurs. Enfin, l'article met en évidence une série de procédés de distanciation, véritables pratiques du second degré, très présents dans les albums contemporains : l'intertextualité lorsque le texte se réfère à un autre album, soit explicitement via des citations, soit implicitement par des allusions ou par la plongée d'un personnage de conte dans un nouveau contexte – l'hypertextualité lorsque le récit s'étale "de tout son long" sur un texte source, ... en reprend les principaux épisodes en les détournant, en les transformant – la transiconicité lorsque les mêmes procédés de détournement ou transformation s'observent au niveau des images, notamment quand les auteurs-illustrateurs introduisent et revoient les œuvres de peintres illustres.
À chaque étape de l'analyse, l'auteure apporte quantité de références d'albums relevant de l'un ou l'autre type, utilisant l'un ou l'autre procédé de différenciation. Outre la clarification des concepts, cet article est une véritable mine d'or pour qui cherche à se lancer dans l'aventure de la mise en réseau d'albums.
La mise en réseau d'albums, c'est justement le défi que s'est lancé Michaël Da Costa, instituteur primaire fraichement diplômé de la HEB/Defré, pour structurer son approche de la littératie avec des élèves de troisième et quatrième primaire. Très pratique, il fait écho à l'article de Graziella Deleuze en nous proposant une description du dispositif qu'il a mis en œuvre dans le cadre de son travail de fin d'études, afin d'analyser avec ses élèves les différents rapports que peuvent entretenir le texte et les illustrations. Les quatre albums découverts avec les élèves sont Mon ballon de Mario Ramos, qui a permis une analyse de la redondance entre les textes et images ; Remue-ménage chez madame K de Wolf Erlbruch pour le rapport de collaboration ; L'Afrique de Zigomar de Philippe Corentin pour le rapport de disjonction et enfin Le code de la route de Mario Ramos, album sans texte qui a permis, via une activité de création de texte, la mise en pratique des savoirs acquis sur les différents rapports texte/image lors des lectures précédentes.
L'auteur décrit son dispositif en précisant le mode d'organisation (lecture/découverte en grand groupe, cercles de lecture, etc.) et en rapportant les questions qu'il a posées aux élèves ainsi que leurs réactions orales et écrites.
Le troisième article est proposé par Isabelle Mary et Emilie Darge, institutrices en 1re et 2e années primaires, avec la collaboration de Belinda Firmani, maitre-assistante à la Haute École Robert Schuman. Les deux enseignantes ont expérimenté l'utilisation du tableau blanc interactif pour découvrir avec leurs élèves l'album Tricycle d'Olivier Douzou. Leur objectif était d'exploiter au maximum les possibilités d'inférence qu'offre cet album. L'article commence par en décrire finement le contenu et ses possibilités d'exploitation. Le rapport texte-image y fonctionne dans un rapport de complémentarité qui oblige le jeune lecteur à faire des liens entre son expérience de vie et les indices fournis par l'illustration et le texte.
L'article rapporte fidèlement le contenu des échanges entre les enseignantes et les élèves lors de la découverte des différentes pages de l'album. Complété par l'apport plus théorique de Belinda Firmani, il souligne les bénéfices de l'usage du tableau blanc interactif dans la construction collective du sens. Favorisant l'interactivité entre l'enseignant et les élèves ainsi qu'entre les élèves, le TBI garde trace des interactions et offre une occasion aux élèves mais aussi aux enseignantes, de se familiariser à l'utilisation des outils numériques ...
Bonne lecture !

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